Article paru dans les DNA du 6 février 2020 concernant le CAUE 68

Par Marie-Lise PERRIN

 

IMMOBILIER Les vieilles pierres à portée de bourse ?

Les maisons anciennes seront-elles bientôt toutes remplacées par des lotissements dans nos villages ? La question se pose en Alsace, où le coût de l’immobilier freine les particuliers. Certains choisissent de s’associer pour acheter. Les collectivités proposent de leur côté aides et conseils.

 

 

Nathalie Bay, une habitante de Reiningue qui souhaite aménager le 1 er étage de sa maison à colombages, consulte Christian Fuchs, du CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) du Haut-Rhin.

L’Alsace est à un tournant de son histoire immobilière, Christian Fuchs en est certain. « On arrive en fin d’indivision pour de nombreux bâtiments dont vont hériter des gens, qui soit ont déjà fait leur vie ailleurs et n’en ont pas l’utilité, soit n’ont pas les moyens de reprendre les énormes corps de ferme de leurs ancêtres. Tous ces biens vont se retrouver sur le marché, en nombre », prédit-il.

Pionnier de la rénovation de maisons historiques à l’époque de l’Écomusée, Christian Fuchs est aujourd’hui consultant pour le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) du Haut-Rhin. Il conseille gratuitement les particuliers qui souhaitent se lancer dans un chantier de rénovation d’un bâti ancien (lire encadré).

Lotissements « sans âme »

Amoureux des belles pierres, Christian Fuchs désespère de voir se construire des lotissements « sans âme » alors qu’on détruit des maisons historiques, « aux qualités thermiques et environnementales tout à fait exceptionnelles ». Il n’est pas le seul. Maire de Bergheim, Pierre Bihl livre un chiffre inquiétant : « Une étude sur tout le territoire de la communauté de communes de Ribeauvillé nous a appris que 10 % des logements étaient inoccupés, pour certains depuis plus de deux ans. Et ce chiffre est en augmentation. Rien qu’à Bergheim, cela représente 90 logements vides alors que des gens cherchent à se loger… »

La réponse des collectivités s’articule aujourd’hui autour des conseils que dispensent associations et organismes tels que le CAUE, et des aides à la rénovation. Cette année, elles ont augmenté dans le Haut-Rhin, passant de 10 à 20 % du montant des travaux sur une maison alsacienne ancienne.

Des projets originaux à Strasbourg, Guebwiller et Munster

Un autre mouvement s’est amorcé hors des radars institutionnels : l’habitat collaboratif, qui apporte des réponses à ces problématiques. Eco-Quartier Strasbourg, qui promeut depuis 2001 l’autopromotion dans le neuf est, par exemple, de plus en plus sollicité pour du bâti ancien. « Nous suivons six à sept groupes actuellement dans l’eurométropole, composés de deux à quatre ménages, plutôt intéressés par de l’ancien, parce qu’ils pensent que ça va plus vite que l’autopromotion. Nous avons aussi été consultés par un collectif dans la vallée de Munster, qui veut transformer un centre de vacances en éco-lieu, et par un autre dans la vallée de Guebwiller, intéressé par une ancienne colonie de vacances », énumère Emmanuel Marx, de l’association Eco-Quartier Strasbourg. Dans l’eurométropole, les porteurs de projets visent des immeubles de ville, qu’ils se partagent à plusieurs familles, ou des corps de ferme à 15-20 minutes à vélo du centre de la capitale alsacienne.

Sauver un corps de ferme à Erstein ?

Sur ce marché du « gros » bien, ces groupes d’habitants entrent en concurrence avec des marchands de biens ou des spéculateurs « qui savent combien ils peuvent en tirer en termes de rentabilité locative », note Emmanuel Marx. La démarche n’est donc pas aisée, mais elle commence à intéresser jusqu’aux propriétaires, confrontés au prix de leur bien, hors de portée d’un ménage moyen. À Erstein, un propriétaire a même contacté directement l’association Eco-Quartier, en quête d’un collectif capable de racheter son corps de ferme, sinon voué à la destruction par un promoteur…

« C’est un mouvement qui démarre. Il s’agit maintenant de réfléchir à la manière dont on peut aider ces porteurs de projets pour qu’ils se reposent sur un mode opératoire déjà testé par d’autres. Si on peut déjà partir bien entouré, c’est déjà un plus », estime Emmanuel Marx.

 

Le conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) consacre, dans le Haut-Rhin, 85 % de son activité aux particuliers. Ses architectes patentés proposent des conseils gracieux à tous ceux qui se lancent dans un projet immobilier. Il est possible de les consulter, gratuitement, dans les locaux de l’association à Colmar ou lors des permanences hebdomadaires du CAUE 68 à Mulhouse, Masevaux et Burnhaupt-le-Haut.

Dans le Bas-Rhin, le CAUE67 propose le même type de services mais dispose, en plus, de paysagistes qui peuvent conseiller les particuliers. Des formations qualifiantes aux techniques de rénovation de l’habitat ancien sont en outre organisées chaque année, alternativement dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, par les Parcs naturels des Vosges du Nord et des Ballons des Vosges et l’Institut nationale des sciences appliquées de Strasbourg (Insa).

En 2018, le CAUE 68 s’est adjoint les services de Christian Fuchs, spécialiste des maisons anciennes, (re) connu pour ses activités passées à l’Écomusée d’Alsace, dans le but d’aider les particuliers à rénover des maisons anciennes. En seize mois d’activité, il a conseillé plus de 200 personnes qui avaient en projet de rénover de l’ancien, quel qu’il soit, de la maison à colombages à la maison de ville en passant par la ferme vosgienne.

CONTACTER   CAUE68 , 16a avenue de la Liberté à Colmar, 03.89.23.33.01. ou par mail : info@caue68.com CAUE67 , 5 rue Hannong à Strasbourg, 03.88.15.02.30 ou par mail : caue@caue67.com Pour les formations en éco-rénovation du bâti ancien , contacter D. Warnant au 03.89.77.90.35, d.warnant@parc-ballons-vosges.fr et Aurélie Wisser au 06.28.10.33.02, a.wisser@parc-vosges-nord.fr.

 

CONTACTER L’association Eco-Quartier Strasbourg, membre du Réseau habitat participatif Strasbourg, au 07.76.69.39.78 ; courriel : association@ecoquartier-strasbourg.fr